Jouir (verbe)
Définition de l'Académie française (éd. 1986)
| Verbe |
XII e siècle, goïr . Issu, par l'intermédiaire du latin vulgaire *gaudire, du latin classique gaudere, « se ré
1. Profiter de quelque chose, goûter le plaisir d'une situation, l'agrément d'un état, etc. Jouir de sa bonne fortune. Il sait
2. Avoir l'usage, la possession actuelle de quelque chose et en tirer tous les profits, tous les avantages, etc. Jouir d'une terre, d'une pension, d'un privilège. Jouir de ses droits civils et politiques. Il est majeur et peut
Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)
| Verbe |
Profiter d'une chose qu'on a, qu'on possède, en goûter le plaisir, l'agrément, etc. "Jouir de sa bonne fortune. Il sait
"Jouir de quelqu'un," Avoir la liberté, le temps de conférer avec lui, de l'entretenir, d'en tirer quelque service, quelque plaisir. "Nous
Il signifie aussi Avoir l'usage, la possession actuelle de quelque chose et en tirer tous les profits, tous les avantages, etc. "Jouir d'une terre, d'une pension. Jouir d'un privilège, du droit de... Jouir des droits civils, des droits politiques. Il est majeur, il jouit de son bien. Il ne jouit de rien. Jouir d'une honnête aisance. Jouir d'une parfaite santé. Jouir du repos. Jouir de la" félicité, "de la gloire éternelle. Jouir d'une grande réputation, d'un immense crédit. Jouir de la considération publique. Jouir de l'estime de quelqu'un. Jouir de la présence, de la société de quelqu'un." Par extension, en parlant des Choses, "La réputation dont cet ouvrage a si longtemps joui."
Dictionnaire d'Emile Littré
| Verbe |
1 Tirer plaisir, agrément. profit de quelque chose (sens le plus voisin du sens étymologique).
CORN.: « Vous
LA FONT.: « .... Ce malheureux attendait, Pour
BOSSUET: « L'heureux vieillard jouit jusqu'à la fin des tendresses de sa famille »
BOSSUET: « La véritable victoire, celle qui met sous nos pieds le monde entier, c'est notre foi ; jouissez, prince, de cette victoire, jouissez-en éternellement par l'immortelle vertu de ce sacrifice [celui de Jésus-Christ] »
BOSSUET: « Jouissant, en sujet fidèle, des prospérités de l'État et de la gloire de son maître »
BOSSUET: « La liberté qu'on se donne de penser tout ce qu'on veut fait qu'on croit respirer un air nouveau ; on s'imagine
RAC.: « Hâtons-nous aujourd'hui de
RAC.: « Roxane.... Nous engagea tous deux par sa facilité à la laisser
MASS.: « Le coup de foudre qui allait éclater se cachait encore sous l'éclat trompeur de la nuée ; Dieu nous laissait encore
MASS.: « On s'enferme dans une maison sainte, plutôt pour
BUFF.: « Après avoir calculé pour le sage, calculons pour l'homme bien moins rare qui jouit de ses erreurs souvent plus que de sa raison »
SÉGUR: « Pendant que Davoust jouissait peut-être du dangereux plaisir d'avoir humilié son ennemi [Berthier] »
LAMART.: « Aimons donc, aimons donc ! de l'heure fugitive, Hâtons-nous, jouissons ! L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive, Il coule et nous passons »
Absolument. Savoir profiter de ce qu'on a, vie, temps, fortune. Il est riche, mais il ne sait pas
LA FONT.: « L'homme, sourd à ma voix comme à celle du sage, Ne dira-t-il jamais : c'est assez, jouissons ? »
A. CHÉN.: « Cependant jouissons ; l'âge nous y convie ; Avant de la quitter, il faut user la vie ; Le moment d'être sage est voisin du tombeau »
Jouir de l'embarras de quelqu'un,
RAC.: « Du malheur qui me presse Tu ne
RAC.: « Jouissez de sa perte injuste ou légitime »
RAC.: « Laissez-moi le plaisir de confondre l'ingrat ; Je veux voir son désordre, et
2 Absolument. Éprouver un plaisir sensuel. Le gastronome jouit en mangeant de bons morceaux.
Populairement. Ça ne fait pas
3 Par extension, avoir la possession, l'usage de toute chose qui procure bien-être, avantage, agrément. Jouir d'une grande réputation. Jouir de l'estime publique.
CORN.: « Leur roi n'a pu
FLÉCH.: « Les honneurs dont a joui Marie-Thérèse »
FLÉCH.: « Il allait
RAC.: « Vous
RAC.: « Du fruit de tant de soins à peine jouissant En avez-vous six mois paru reconnaissant »
VOLT.: « Chacun peut désormais
Cet homme ne jouit pas de sa raison, c'est-à-dire son intelligence est troublée, il est fou, il est en enfance.
On dit quelque fois
4 Particulièrement. Avoir la possession de quelque bien, de quelque avantage, et en profiter. Jouir d'une terre, d'un emploi. Jouir des droits civils, politiques. Il est majeur, il jouit de son bien.
BAYLE: « On ne m'a rien dit ni rien fait de leur part [les magistrats hollandais sollicités par Jurieu] ; j'ai joui de tous mes droits, et fait toutes mes fonctions comme auparavant »
VOLT.: « Il m'avoua, pour me consoler, qu'il jouissait de quatre cent mille livres de rente »
Cod. Nap. 578: L'usufruit est le droit de
ib. 544: La propriété est le droit de
Absolument. Jouir de bonne foi. Vous m'avez vendu votre terre, faites-moi
Au sens juridique, percevoir les fruits que produit une chose.
Cod. Nap. 582: L'usufruitier a le droit de
5 Fig. Avec un nom de chose pour sujet, il se dit des avantages attachés à cette chose. La réputation méritée dont jouit cet ouvrage. Cette entreprise jouit d'une grande faveur dans le public. Cette contrée jouit d'un printemps perpétuel.
BUFF.: « D'où l'on voit que ç'a été dans l'année 36588 de la formation des planètes, c'est-à-dire il y a 38244 ans, que ce satellite [de Jupiter] jouissait de la même température dont jouit aujourd'hui la terre »
6 Jouir de quelqu'un, avoir la liberté, le temps de conférer avec lui, de l'entretenir, d'en tirer quelque service, quelque plaisir. Nous
Familièrement. On ne peut
7 En langage libre,
VOLT.: « J'aimerais autant croire Dion Cassius, qui assure que les graves sénateurs de Rome proposèrent un décret, par lequel César, âgé de cinquante-sept ans, aurait le droit de
8 Terme de chasse. Les chiens courants jouissent lorsque après avoir chassé, ils prennent l'animal et font curée. Pour avoir de bons chiens, il faut les faire
PROVERBE
REMARQUE
Jouir, impliquant une satisfaction, ne se dit pas des choses mauvaises. Ainsi c'est parler ridiculement que de dire : Il jouit d'une mauvaise santé, d'une mauvaise réputation. Toutefois, quand la chose mauvaise dont il s'agit, malheur, peine, souffrance, peut être, par une hardiesse de l'écrivain, considérée comme quelque chose dont l'âme se satisfasse, alors
MASS.: « Il ne croit rien avoir s'il n'a tout ; son âme est toujours avide et altérée, et il ne jouit de rien que des malheurs »
ST-LAMBERT: « Je t'ai perdu ; près de ta cendre Je viens
HISTORIQUE
XIIème siècle
Couci, XX: Li quelz doit mieux, par droit, d'amors joïr... ?
Raoul de C. 256: Li rois les voit, s'est encontre saillis ; Assés les a acolés et joïs, Bernier baisa et puis le sor Geri
XIIIème siècle
Chr. de Rains, p. 75: Vieschi [voici] li roi Ricart qui est entrés en ma terre, et bien sai qu'il est outrecuidiés ; et, s'il pooit tant faire qu'il peust de moi goïr, bien sai de voir [de vrai] ne porteroie la vie
BEAUMANOIR: « Chil [celui] qui doit goïr se vie [sa vie durant] des fruis par reson du testament.... »
la Rose, 11000: Jà ne la querroient oïr [la vérité], Trop en porroient mal joïr, Se je disoie d'eus parole Qui ne lor fust plesante et mole
Bibl. des ch. 4e série, t. V, p. 26: Joie d'amours fait tant gai Le cuer [le coeur], que c'est faerie [féerie], Que nulz qui got set celer
XVème siècle
FROISS.: « Si
XVIème siècle
AMYOT: « Il n'y eust rien qui leur semblast si plaisant à regarder, ne si doulx à
MONT.: « La santé que j'ay jouie jusques à present très vigoureuse »
MONT.: « Il se trouva court à
MONT.: « L'amitié est jouie à mesure qu'elle est desirée »
MONT.: « Jouir du privilege de.... »
MONT.: « La solitude se puelt
MONT.: « Les vrays biens desquels on jouit à mesure qu'on les entend »
MONT.: « C'est le
PASQUIER: « Je le voyois [Montaigne] habiller le mot de
ÉTYMOLOGIE
Génev. gaudir de quelqu'un, en venir à bout ; norm. cette poutre est lourde, mais j'en
SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE JOUIR. - REM. Ajoutez :
2. Malherbe a employé
Signification éditée en 1835 par l'Académie Française
| Verbe |
Avoir l'usage, la possession actuelle de quelque chose, et en tirer tous les fruits, tous les émoluments, tous les avantages, etc. "Jouir d'une terre, d'un emploi, d'une pension. Jouir d'une entrée à un spectacle. Jouir d'un privilége, du droit de... Jouir des droits civils, des droits politiques. Il jouit de cent mille francs de rente. Il est majeur, il jouit de son bien. Il jouit de ses droits. Il ne jouit de rien. Jouir d'une chose en bon père de famille." On l'emploie souvent absolument. "Il jouissait paisiblement. Il faut le laisser
Il se dit, dans une acception plus étendue, en parlant De toute chose qui procure du bien-être, de l'avantage, de l'agrément, etc. "Jouir d'une honnête aisance. Jouir d'une parfaite santé. Jouir du repos, de la paix. Jouir de la félicité. Jouir de la gloire éternelle. Jouir d'une grande réputation, d'un immense crédit. Jouir de la considération publique. Jouir de l'estime de quelqu'un. Jouir de la présence, de la société de quelqu'un." On le dit quelquefois Des animaux et des choses. "Les animaux qui jouissent de la faculté de... La réputation dont cet ouvrage a si longtemps joui."
Il signifie aussi, Profiter d'une chose qu'on a, qu'on possède, en goûter le plaisir, l'agrément, etc. "Savoir
"Jouir de l'embarras de quelqu'un, de son affliction, de sa détresse, etc.," Éprouver du plaisir à le voir ou à le savoir embarrassé, affligé, malheureux, etc.
"Jouir de quelqu'un," Avoir la liberté, le temps de conférer avec lui, de l'entretenir, d'en tirer quelque service, quelque plaisir. "Nous
"Jouir d'une femme," Avoir commerce avec elle.
Ancienne définition de 1798 (Académie Française)
| Verbe |
Avoir l'usage, la possession actuelle de quelque chose, et en tirer tous les fruits, tous les émolumens, etc. "Jouir d'une Terre, d'un Office, d'un Bénéfice, d'une-pension. Il jouit de cent mille livres de rente. Il est majeur, il jouit de son bien. Il jouit de ses droits. Il ne jouit de rien. Il jouissoit paisiblement. Il faut le laisser
On dit aussi: "Jouir de la victoire. Jouir de la paix. Jouir d'une parfaits santé, de sa bonne fortune. Il sait
On dit: "Jouir de l'embarras de quelqu'un. Jouir du monde, des plaisirs du monde," pour dire, S'en amuser.
On dit, "Jouir d'une femme," pour dire, Avoir commerce avec elle.
On dit aussi, "Jouir de quelqu'un," pour dire, Avoir la liberté, le temps de conférer avec lui, de l'entretenir, d'en tirer quelque service, quelque plaisir. "Nous
Il s'emploie aussi absolument. "Il est riche, mais il ne sait pas
Signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)
| Verbe |
Avoir l'usage, la possession actuelle de quelque chose, & en tirer tous les fruits, tous les émolumens, &c. "Jouir d'une terre, d'un Office, d'un Bénéfice, d'une pension. Il jouit de cent mille livres de rente. Il est majeur, il jouit de son bien. Il jouit de ses droits. Il ne jouit de rien. Il jouit paisiblement. Il faut le laisser
On dit aussi, "Jouir de la victoire. Jouir de la paix. Jouir d'une parfaite santé, de sa bonne fortune. Il sait
On dit, "Jouir d'une femme," pour dire, Avoir commerce avec elle.
On dit aussi, "Jouir de quelqu'un," pour dire, Avoir la liberté, le temps de conférer avec lui, de l'entretenir, d'en tirer quelque service, quelque plaisir. "Nous
Il s'emploie aussi absolument. "Il est riche, mais il ne sait pas
Emplacement dans le dictionnaire :
| jouër jouer à croix et à pile jouer au vert jouet jouette joueur joufflu | joug jouillères ou jouières jouïr jouïssance jouissance jouissant | jouïssant jouisseur joujou jour jourdin journal journalier |
Quelques citations relatives :
Citation n°1 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)...sur la terre. Elle ne m'avait pas encore leurré bien des fois cette fantasmagorie éternelle, qui berce les hommes depuis tant de siècles et dont les vieillards seuls peut-être ne savent plus jouir. Et je m'y laissais prendre tout entier, moi, avec une ivresse infinie... oh ! Cet air pur, tiède, suave ; cette lumière, ce soleil ; ce beau vert des plantes nouvelles, cet épaississement des...
Citation n°2 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)
...Et quand mon frère me dit que c'était pour moi, qu'il me le donnait, j'éprouvai une joie intime qui me sembla ne devoir finir jamais. Oh ! La possession de tout cela, quel bonheur inattendu ! En jouir tous les jours, tous les jours, pendant ces beaux mois chauds qui allaient venir ! ... et recommencer à vivre dehors, à s'amuser comme l'été dernier, dans tous les recoins de cette cour ainsi...
Citation n°3 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)
...mettre l'un en valeur sans empiéter sur ceux qui le limitent. Ici, la chose sur laquelle j'ai un droit se trouve entre les mains d'un autre ; c'est ce qui arrive pour le legs. Ailleurs, je ne puis jouir de mon droit sans nuire à celui d'autrui ; c'est le cas pour certaines servitudes. Des relations sont donc nécessaires pour réparer le préjudice, s'il est consommé, ou pour l'empêcher ; mais elles...
Citation n°4 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)
...protecteur de tous les êtres, exécuteur de la justice, son propre fils, et dont l'essence est toute divine. C'est la crainte du châtiment qui permet à toutes les créatures mobiles et immobiles de jouir de ce qui leur est propre, et qui les empêche de s'écarter de leurs devoirs... le châtiment gouverne le genre humain, le châtiment le protège ; le châtiment veille pendant que tout dort ; le...
Citation n°5 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)
...proportionnés aux précédents. S'il augmentait à mesure que les excitants agréables deviennent plus nombreux et plus intenses, il serait tout naturel que l'homme cherchât à produire davantage pour jouir encore davantage. Mais, en réalité, notre puissance de bonheur est très restreinte. En effet, c'est une vérité généralement reconnue aujourd'hui que le plaisir n'accompagne ni les états de...
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